Mises en garde d’Amnesty International Bénin contre la loi d’amnistie !

Aujourd’hui, Amnesty International Bénin organisait à son siège une conférence de presse sur la nouvelle loi d’amnistie proposée au Chef de l’Etat par la commission d’experts et également sur la pétition #JusticePourPrudence lancée il y a un bon moment par cette organisation de promotion des droits humains. Cette conférence n’est pas ordinaire dans la mesure où elle a pour but de faire connaître la position de ladite organisation sur les divers événements susmentionnés.

Modéré par le jeune blogueur et activiste des droits humains, Glory Hossou, membre du bureau d’Amnesty Bénin, ce moment d’échanges s’est ouvert par une projection aux participants d’une réalisation-vidéo qui rappelle certains faits marquants des dernières législatives qui ont occasionné plusieurs vagues de troubles. Dans ses propos liminaires, le Directeur exécutif de la section béninoise d’amnesty international, M. Kikan Fidèle, a tôt fait d’attirer l’attention sur certains actes politiques entrepris par le passé (références faites entre autres au Code électoral en vigueur et au Code numérique) et dont les conséquences ne sont ni d’autres que les scènes de violences auxquelles nous avons eu droit.

M. Kikan Fidèle, Directeur exécutif de Amnesty Bénin

Des questions fusaient de toute part de la salle bondée de journalistes web, de radios nationales et locales et de chaînes de télévision et du blogueur que je suis, représentant l’association des blogueurs du Bénin. En général, la lumière était appelée pour jaillir sur le rôle que joue Amnesty International pour prévenir les crises électorales ou pour savoir les moyens dont l’organisation dispose pour contraindre l’Etat à respecter les engagements de protection des droits socio-culturels et économiques et les droits civils et politiques pris en faveur des citoyens. Plus loin, certains médias demandaient qu’on éclaire leur lanterne sur ce que Amnesty international reprochait à cette loi d’amnistie en laquelle d’aucuns voient, pourtant, une porte de sortie définitive.

Aguerri à la tâche et dans une éloquence prompte à faire passer son message avec grande lucidité, M. Fidèle Kikan, sans tergiverser, précise qu’Amnesty International milite dans une optique de prévention des conflits à même de compromettre l’avenir de tous et de préservation des droits citoyens et humains. Il clame avec véhémence que malgré toute la bonne volonté d’aboutir à la paix, il n’est pas à occulter les faits de violations des droits humains auxquels nous avons assistés. « Il faut qu’on sache qui a ordonné quoi, pourquoi et comment les choses ont été ainsi et après agir pour que le futur soit plus stable » martèle-t-il avec force ! « C’est pour préparer la paix que nous exigeons justice » dira-t-il par la suite.

Répondant à l’un des participants qui semblait ne pas comprendre la position de l’organisation contre la loi d’amnistie alors que par le passé, précisément en 1990 au temps du feu président Général Mathieu Kérékou, une pareille loi  avait été promulguée, M. Kikan a fait savoir que les séquelles de ce passé douloureux pour les cas de torture connus à SEGBANA demeurent jusqu’à présent et qu’il n’est pas exclu que même des siècles après, l’Etat soit appelé à en répondre, le droit étant ce qu’il est. Par la suite, il a affirmé que Amnesty Bénin n’est pas contre la loi d’amnistie mais qu’elle s’oppose purement et radicalement à ce que cette loi batte en brèche les nombreuses violations de droits humains qu’il y a eues. « La justice ne concerne pas une partie du peuple, mais toutes les parties du peuple. » allègue-t-il, convaincu.

 Mais loin de ne que s’offusquer contre cette loi, Amnesty international Bénin recommande urgemment que cette loi prévoie une clause d’exclusion des violations des droits humains avant son adoption, à défaut de quoi elle ne serait qu’à l’image de quelques morceaux de sucres jetés dans l’océan pour espérer vainement changer le goût salé et amère de la mer. Autrement, elle ne serait que porteuse d’une paix factice qui va s’effriter avec le temps occasionnant une répétition de l’histoire. Et en ce moment-là, les droits humains en pâtiront gravement. C’est pourquoi aujourd’hui le directeur exécutif de l’organisation, section pays, insiste et dit, le ton durci : «  Nous sommes ici pour exiger que la loi prévoie que les enquêtes soient faites en bonne et due forme pour situer les responsabilités et que les diagnostics établis tiennent vraiment compte des périodes troubles et de la réalité des faits ».

En définitive, cette conférence de presse a mis en lumière les carences éventuelles de la loi d’amnistie qui s’apprête à être introduite au parlement et les mesures idoines qu’il convient de prendre pour qu’elle ne soit pas la caution des exactions passées. Loin de l’organisation de défense des droits de l’homme la volonté de remuer le couteau dans la plaie, tout ce qu’elle souhaite, c’est que justice soit rendue aux victimes des violences électorales passées et qu’aucune loi ne vienne amnistier les auteurs de violations de droits humains ! Voilà en substance ce que nous retenons de cette conférence de presse.

Emmanuel Ganse

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